Critique de froggydelight.com

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puce La Jalousie du Barbouillé - La Comtesse d'Escarbagnas
Théâtre de Ménilmontant  (Paris)  février 2016

Comédies de Molière, mise en scène de Loïc Gautelier, avec Muriel Adam, Constantin Balsan, Laurent Brusset, Elsa Davoine, Jacques Duval, Loïc Gautelier, Djahiz Gil, Bernard Maltère, Frédéric Morel et Hadi Rassi.

Des prémices au couronnement, ou "tout sur Molière" en deux pièces, telle est l’idée de ce spectacle joyeux et coloré conçu par Loïc Gautelier.

Dans "La Jalousie du Barbouillé", œuvre de jeunesse, on retrouve, avec plaisir les personnages truculents de la Comédie : le vieux mari cocu, la jeune épouse rouée, les galants rusés, les médecins abscons et ampoulés, et les domestiques pas dupes et agissants.

Peu importe le brouillon de l’intrigue : Molière s’essaye et la fantaisie de se déchaîner. Loïc Gautelier, dans sa mise en scène, sait s’abandonner à ce délire réjouissant.

Dans cet intermède, Constantin Balsan, comme toujours, remarquable, incarne un "chapeau pointu", mi-Diafoirus mi-gourou, au débit saccadé, à la réponse vague, à l’intention d’enfumage : Il emporte tout.

Pour la "Comtesse", la maîtrise de l’auteur s’impose. La vie de province et les prétentions de ses "Précieuses" à soupirs, mal-servies par des rustauds impossibles, courtisées par des rustiques aillés, y est succulemment dépeinte, représentée par la "Comtesse", alias Love Bowman, déchaînée, hilarante, la perruque chancelante, avec Djahiz Gil, parfait en courtisan inquiétant et d’Elsa Davoine, exquise et précise comédienne.

Bernard Maltère, déjà "Barbouillé", excelle en travesti-servante, aux côtés deFrédéric Morel (qui a signé également les somptueux costumes), d’Hadi Rassi (comédien très brillant) et de Laurent Brusset (juste et pétillant), sans oublier Jacques Duval, dans une drolatique composition.

La mise en scène de Loïc Gautelier (également comédien dans des apparitions désopilantes) pallie les faiblesses de l’intermède et libère le feu d’artifice de "La Comtesse d’Escarbagnas". On rit, on y prend du plaisir. Molière est bien servi.

 
 

Christian-Luc Morel

Critique de froggydelight.com

puce puce
puce Courteline... en courtes pièces
Théâtre de Ménimontant  (Paris)  février 2016

Courtes pièces de Georges courteline, mise en scène de Loïc Gautelier, avec Love Bowman, Jacques Duval, Loïc Gautelier, Frédéric Morel et Jean-Dominique Peltier.

Il fait bon rire. Et qui de mieux que Georges Courteline - "Messieurs les Ronds-de-cuir", "Le Train de 8h47"…- pour s’abandonner à l’hilarité dégagée par ses personnages absurdes, entêtés, délirants et monstrueux de bassesse assumée ?

"La Gora", "Monsieur Badin", "La voiture renversée" et la plus connue, "Le commissaire est bon enfant" tiennent leurs promesses.

Des bas-fonds, où le bon français a ses défenseurs dans la pègre même, aux circonvolutions d’un fonctionnaire qui ne veut plus fonctionner, et aux pièges d’une police où il ne fait pas bon être simple témoin, la société, sous le scalpel du grand auteur, révèle ses travers, ses mécanismes de broyage, et le combat, très humain, pour lui échapper.

Loïc Gautelier a imaginé une mise en scène cinématographique, à l’image des films à sketchs italiens, permettant de sauter d’une situation à l’autre.

La qualité de ses deux principaux comédiens prédomine - le merveilleux Jean-Dominique Peltier, irrésistible en commissaire débordé et en "'rond-de-cuir" allergique au travail, fait mouche, porté par un métier et une finesse de jeu qui le hissent au rang d’un Jules Berry ou d’un Jacques Charron, et Love Bowman, frénétique, électrique, fabuleusement présente, qui déchaîne l’hilarité avec ses mimiques et ses intonations boulevardières : Bravo !

Loïc Gautelier les accompagne avec une composition de fou hippie délirante (entre autres), aux côtés de Jacques Duval, en séducteur fatal, et de Frédéric Morel (auteur des costumes) excellent également.

Allez rire sans vergogne à ce "Courteline... en courtes pièces" vrombissant !

 
 

Christian-Luc Morel

Critique de lavie.fr

THÉÂTRE

Sur la Terre comme au ciel

 

Sur la Terre comme au ciel

***

 

1767. Le Paraguay est une colonie espagnole. Les jésuites administrent une vaste communuaté d'Indiens évangélisés, dont l'économie fondée sur la culture du thé est la source d'une vie prospère. Un représentant de la couronne espagnole est venu juger cette organisation qui semble harmonieuse. Le Père Provincial défend la mission qu'il a bâtie. Est-elle une concrétisation de l'Evangile ? Est-elle contraire aux intérêts du Roi ? Fait-elle concurrence aux négociants ?

La pièce de Fritz Hochwälder écrite en 1942 est brillamment construite : cette bataille âpre entre la foi et la raison d'Etat, et le commerce, nous tient en haleine. La mise en scène naturaliste mais dépouillée de Loïc Gautelier laisse aux seize acteurs (tous impeccables) le soin d'exprimer la tension psychologique de ce drame politico-spirituel.

On reconnaît la trame du film Mission, Palme d'or à Cannes en 1986, signé Roland Joffé inspiré par ce même texte. Une réflexion sur l'obéissance au pouvoir et la dimension subversive de l'utopie.

Critique de froggydelight.com


Sur la terre comme au ciel

Théâtre de Ménilmontant  (Paris)  mars 2014


Drame historique de Fritz Hochwälder, mise en scène de Loïc Gautelier, avec Damien Carlot, Jacques Duval, Julien Carpentier, Djahiz Gil, Yves Jouffroy, Jean-Pierre de Lavarene, Silvio Lopez, Alfred Luciani, Gustavo Meza, Jean-Dominique Peltier, Alain Prétin, Alain Piacentino, Hadi Rassi, Philippe Renom, Bernard Sender et Guillaume Tavi.

Nonobstant un titre connoté par sa référence à la prière chrétienne du Pater Noster, "Sur la terre comme au ciel", la pièce du dramaturge allemand Fritz Hochwälder, qui a accédé à la notoriété internationale pour avoir été portée à l'écran sous le titre "Mission", film de Roland Joffé récompensé par la Palme d'or au Festival de Cannes 1986, n'est pas une partition qui traite de dévotion ou de doctrine religieuse.

En effet, elle est basée sur un événement réel qui s'inscrit dans l'Histoire de la colonisation et constitue l'argument d'une réflexion sur l'omnipotence du pouvoir temporel, l'intérêt supérieur de la Nation ou en l'occurrence du roi, et du pouvoir spirituel, apanage de l'Eglise "officielle", dont les préoccupations tiennent moins au bonheur du peuple et de l'homme qu'à des considérations politiques sectaires.

La pièce se penche sur l'épilogue de plus d'un siècle d'histoire des missions jésuites avec l'expulsion des réductions implantées au Paraguay, alors colonie espagnole, avec la "bénédiction" du roi d'Espagne qui leur a accordé des privilèges pour les inciter à user de leur expérience de l'évangélisation des "païens" comme moyen de pacification "douce" des tribus natives se substituant à l'affrontement violent par la force et les armes.

En 1763, les missions jésuites forment des enclaves indépendantes dotées d'une armée défensive formant un véritable état théocratique et qui fonctionnent sur le modèle d'un socialisme utopique réussi grâce à une autonomie économique liée à l'exportation de produits agricoles et artisanaux.

Mais une mission d'enquête est diligentée par le roi pour instruire les accusations et suspicions qui pèsent à charge sur ces missions, à savoir la plainte pour concurrence déloyale déposée par les colons dès lors que celles-ci sont exemptées d'impôt et, d'autre part, débauchent leur main d'oeuvre et la rumeur d'exploitation frauduleuse et illicite de mines d'argent tendant à un enrichissement illicite de l'Ordre des Jésuites au détriment des caisses royales, auxquelles s'ajoute le courroux du Pape face à ce "bonheur" terrestre qui s'oppose à la doctrine officielle relative à la promesse du paradis posthume.

Et tout commence avec la venue de cet émissaire qui connaît le vrai but de sa mission mais qui connaît également le père provincial qui dirige les missions, ce qui ne lui facilite pas la tâche.

Cette partition est d'autant plus intéressante que, centrée sur l'humain, elle s'articule autour du ressort dramatique du cas de conscience, celui auquel va se trouver confronté le père provincial, dont la genèse charpente la trame dramaturgique, et, qu'en outre, elle comporte un double coup de théâtre avec la scène de l'entretien secret et l'intervention d'un mystérieux personnage.

Loïc Gautelier signe une mise en scène classique sans effets scéniques, et assure efficacement la direction d'une troupe conséquente de comédiens, chacun portant son personnage avec conviction et justesse de jeu.

Mention spéciale à Alain Prétin et Bernard Sender, tous deux excellents. Dans le rôle de l'émissaire royal, Alain Prétin témoigne parfaitement du malaise intérieur qui assaille le personnage dans l'exécution d'une mission inique.

Quant à Bernard Sender, il incarne avec une profonde humanité le père provincial dans la sidération qui l'accable à la révélation tant de l'ordre du monde que de l'instrumentalisation dont furent l'objet ses frères missionnaires, dans l'insoluble dilemme dans lequel il est plongé du fait d'un abominable chantage qui s'avèrera un marché de dupes et les souffrances d'une âme contrainte entre sa conscience et le respect du voeu d'obéissance.

 

 


MM